13. mars, 2019

Games of desire - scène inédite

Petit cadeau pour celles et ceux qui ont lu et aimé Games of desire... 

Dax

Morte  !
J’arrive trop tard…

Sous le soleil couchant, la pierre tombale étincelle, telle une ancre blanche au milieu d’une oasis de verdure. L’impression de paix est toute relative, même si le silence règne sur les lieux. La douleur, elle, hurle d’une voix atone qui ne s’entend pas à l’oreille, mais lacère mon épiderme comme une lame bien affûtée.

Je tombe à genoux, tremblant sous ce coup que je n’avais pas anticipé. Je pleure une femme que je n’ai pas connue, une femme qui m’a tenu dans ses bras quelques minutes avant de se détourner de moi.

Je devrais la haïr, mais une part de moi se morcelle devant l’épitaphe ordinaire. Qui a regretté Mary Grant quand elle est décédée  ?
Pas moi, son fils unique…

Puis-je seulement prétendre à ce titre  ? Mes idées s’embrouillent, comme lorsque j’ai ouvert la lettre qu’elle m’a laissée pour m’expliquer…
Jusque-là, je pensais que rien ne justifiait l’abandon. Rien  !
Puis j’ai lu les mots, les ai relus parce qu’ils dansaient devant mes yeux et que je n’intégrais pas le sens des phrases. J’ai découvert une vérité si éloignée de la source de mes ressentiments que j’ai eu honte…
Mais même la honte ne résiste pas à la colère  !

J’incline la tête sur mon torse, refusant d’afficher les larmes qui coulent sur mes joues.
Jamais je ne saurai quelle part d’elle je porte en moi…
Jamais je n’écouterai le son de sa voix, cherchant dans les tonalités étrangères la preuve d’un amour qui a existé malgré l’absence.
Jamais je ne verrai son sourire, celui qu’une mère réserve à son enfant.

Je lâche un cri, le corps contracté de ces vérités implacables, incapable de comprendre ce mal qui me tue. Peut-on regretter quelqu’un que l’on n’a pas connu  ?
J’ai rêvé d’elle, c’est suffisant… 

Mon cœur exprime une souffrance que je ne pensais pas pouvoir éprouver un jour. Pas pour cette femme en tout cas… Elle m’a abandonné et, pendant longtemps, je l’ai méprisée pour cet acte ignoble.

Une simple lettre m’a remis les idées en place. Mon existence si tranquille, si parfaite a alors volé en éclats, et rien ne pourra me ramener à cet hier si rassurant. J’ai ouvert les yeux, découvert un monde où des jeunes filles sombrent dans la déchéance la plus absolue parce que la vie est injuste.

Injuste…

Ma colère prend le dessus, balayant tout ce que l’on m’a enseigné. Une envie de cogner sur n’importe quoi ou de hurler me saisit à la gorge.

– Dax, mon chéri, m’interpelle une voix douce.

Ma mère et mon père, serrés l’un contre l’autre, me tendent la main, m’indiquant comme toujours qu’ils sont là. Seulement, cette fois, c’est plus fort que moi. J’ai besoin de m’éloigner, de les fuir. Leur amour, aussi intense et sincère soit-il, me rappelle que ça ne suffit pas toujours, une vérité qui m’a été épargnée ces vingt dernières années.

J’émets un rire qui m’écorche la gorge et recule d’un pas lorsque mon père s’avance vers moi. J’agite les mains devant lui, comme une excuse pathétique, et détale comme si j’avais le feu aux fesses.

Je ne sais pas où je cours, je m’en contrefiche même. Seule la nécessité de mettre le plus de distance entre moi et ma vie me galvanise. Comme si je pouvais oublier toute cette merde… Je revois mentalement le quartier miteux où ma mère biologique a vécu ces dernières années. Elle a arpenté les trottoirs à moins de quinze kilomètres de la maison familiale, s’efforçant de survivre dans un univers qui l’avait rejetée avec violence. Pendant que je riais et profitais de ma chance, elle s’enfonçait chaque jour un peu plus.

J’ai l’impression de porter le poids d’une dette envers elle. Parce que sans moi, peut-être n’aurait-elle pas été obligée de renoncer à son existence confortable  ?

Injuste… ce mot tourne en boucle dans ma tête.

Une rage dévastatrice balaie les questions et les doutes. Ne reste que ce sentiment brûlant que ma vie ne sera plus jamais la même… Que mes choix futurs ne correspondront pas aux rêves faits jusqu’à présent…

Injuste…